L’adaptation littéraire
Par Nathalie Lenoir,
samedi 9 février 2002 à 10:01 -
Reportages : Scénario-Nathalie Lenoir
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A peu près tous les manuels qui enseignent l’écriture de scénario sont unanimes : ils déconseillent formellement de se lancer dans l’adaptation littéraire. Il faut dire que c’est un exercice périlleux, un bon livre ne fera pas systématiquement un bon film car ce sont deux modes d’écriture radicalement différents.
Que ce soit en France ou outre-Atlantique, les adaptations font les beaux jours du cinéma et de la télévision.
1. Pourquoi adapter ?
L’avantage majeur de l’adaptation, c’est la notoriété du livre d’origine, gage de rentabilité, d’audimat. C’est peut-être encore plus vrai à l’heure actuelle : les producteurs et les chaînes de télévision investissent peu sur des premiers films, des auteurs inconnus. Quant au public, il va plus facilement voir un film s’il est en « terrain connu » : réalisateurs confirmés, stars, projets très médiatisés, et il aime en savoir le plus possible sur l’histoire avant de faire son choix.
Il est évident que si un ouvrage s’est vendu à des milliers d’exemplaires, son adaptation attirera un large public, les amoureux du livre mais aussi les curieux.
En étudiant le box office de l’année 2002, on constate que la plupart des grands succès sont des adaptations littéraires : « Astérix, Mission Cléopâtre », « Harry Potter », « Le seigneur des anneaux », « Spiderman », « 8 femmes », « Minority report »… Les prévisions pour 2003 confirment cette tendance. Rien qu’au mois de janvier, vous pourrez voir en salle « Le Seigneur des Anneaux, les deux tours » d’après Tolkien, « Gangs of New York » d’après un roman de Herbert Asbury, « 24 heures de la vie d’une femme » d’après Stefan Zweig, « Dancer Upstairs » d’après le roman de Nicolas Shakespeare.
2. Que peut-on adapter ?
On n’adapte pas que des romans. Les nouvelles sont encore plus prisées, car leur format court et concis est plus propice à une version filmée. Quelques exemples ? Steven Spielberg a réalisé « AI » d’après la nouvelle de Brian Aldiss et « Minority report » d’après celle de Philip K. Dick. Le « Eyes Wide shut » de Stanley Kubrick était adapté d’une nouvelle d’Arthur Schnitzler.
Les chroniques, tranches de vie de multiples personnages, sont aussi adaptées, c’est le cas par exemple pour « Les chroniques de San Francisco » d’Armistead Maupin qui ont donné naissance à une série télévisée très fidèle à l’esprit des livres.
Les pièces de théâtre deviennent aussi des films ou téléfilms. Shakespeare a été adapté un nombre incalculable de fois, notamment « Roméo et Juliette », « Hamlet », « Richard III »... Même constat pour les pièces de Tennessee Williams: « Un tramway nommé désir », « La chatte sur un toit brûlant », « Baby doll », « Soudain l’été dernier »... Les auteurs français ne sont pas en reste : certaines pièces de Molière (« L’avare »), d’ Edmond Rostand ( « Cyrano de Bergerac »), de Marcel Pagnol (« Marius », « Fanny », « César ») sont devenues des films à succès.
Le théâtre de boulevard est tout aussi prisé : « La cage aux folles », « Le père Noël est une ordure », « Les bronzés » étaient des pièces avant de devenir des films. En 2002, le meilleur exemple est le « 8 femmes » de François Ozon, adapté d’une pièce de Robert Thomas.
Les bandes dessinées sont adaptées sous deux formes : dessin animé ou film, parfois les deux à la fois (« Lucky Luke », « Tintin », « Astérix »…)
Enfin, il y a deux autres genres de livres que le cinéma affectionne particulièrement, les livres de non fiction :
- les livres qui enquêtent sur un personnage ou un événement marquant (« Roberto Succo » d’après le livre de Pascale Froment, « L’adversaire » d’après le livre d’Emmanuel Carrère, « Blow » d’après l’ouvrage de Bruce Porter, « The Doors » d’après un livre de Jerry Hopkins et Daniel Sugerman…)
- les biographies de personnages historiques ou contemporains (« Erin Brokovitch », « Marie Antoinette », « Napoléon », « Chaplin »…)
2. Etat des lieux
A. AUX ETATS UNIS
Hollywood a découvert le filon de l’adaptation dès ses débuts et n’a jamais cessé de l’exploiter. Aujourd’hui, dès qu’un livre rencontre le succès, une adaptation est aussitôt mise en route. Parfois, quand l’auteur est connu, les droits du livre sont achetés avant même sa publication. Les américains ne se contentent d’ailleurs pas d’adapter leurs propres œuvres, ils suivent de près l’actualité de l’édition aux quatre coins du monde. En 2000, Steven Spielberg a acheté les droits du premier roman d’un auteur français inconnu : « Et si c’était vrai » de Marc Lévy. Le roman est alors devenu un best seller dans le monde entier. Le film est régulièrement annoncé mais n’a toujours pas vu le jour. En fait, l’enjeu dans ce genre de transactions, c’est surtout d’obtenir les droits avant ses concurrents. Les grands studios ont les moyens d’acheter les droits de nombreux ouvrages et se constituent ainsi une réserve de projets.
Tous les genres de cinéma sont friands d’adaptations :
- Fantastique : « L’exorciste » d’après le roman de William Peter Blatty, « Shinning » d’après Stephen King, « Dracula » d’après Bram Stoker
- Science fiction : « Blade Runner » d’après Philip K. Dick, « Dune » d’après Frank Herbert
- Classiques : « Autant en emporte le vent » d’après Margaret Mitchell
- Mélos : « Love Story » d’après Erich Segal
- Policiers : « LA Confidential » d’après James Ellroy
- Thrillers : « Le silence des agneaux » d’après Thomas Harris
- Comédies musicales : « My fair lady » d’après Bernard Shaw
- Comédies: “Breakfast at Tiffany’s” d’après une nouvelle de Truman Capote
- Comédies dramatiques: « L’homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » d’après Nicolas Evans, « The virgin suicides » d’après Jeffrey Eugenides
- Peplum : « Les 10 commandements » d’après… la Bible !
- Drames : « Le temps de l’innocence » d’après Edith Wharton
Autre filon très exploité outre Atlantique, celui des comics : « Superman », « Batman »,« Spiderman, « Blade», « X Men », « Daredevil », « The Hulk ». 2003 confirmera d’ailleurs cet engouement. La société d’édition Marvel a d’ailleurs été sauvée de la banqueroute par la mise en chantier des récentes adaptations (« Spiderman » en particulier) et leur succès planétaire.
B. EN FRANCE
Le marché de l’adaptation est tellement porteur que des structures ont vu le jour afin de faciliter les échanges entre éditeurs et producteurs. En 1993, Isabelle Fauvel a créé Initiative Films dans cette optique, s’est spécialisée dans le conseil en production et elle est devenue une figure incontournable dans le domaine de l’adaptation littéraire. Il n’est pas rare qu’un réalisateur vienne la consulter pour trouver un roman à adapter. Ce fut par exemple le cas pour Olivier Megaton et « La sirène rouge », d’après le roman de Maurice G. Dantec.
En 2001, un festival de l’adaptation est apparu : le Forum Ecriture Cinéma (Monaco). C’est un lieu de rencontre et de négociation privilégié. Producteurs, éditeurs, auteurs, agents et scénaristes s’y retrouvent autour de tables rondes, de débats, de master-classes et bien entendu, de projections.
En 2003, le cinéma français s’intéresse particulièrement à la bande dessinée : « Michel Vaillant », « Valérian », « Blake et Mortimer », « Thorgal », « Les Pieds Nickelés », « Blueberry » et « Astérix » donneront naissance à des films. Le dessin animé ne sera pas en reste puisqu’ Olivier Dahan prépare une adaptation d’ « Albator ».
La télévision, quant à elle, décline les adaptations sous divers formats. Les unitaires tout d’abord. En 2003, Arte diffusera « L’île Atlantique » d’après le roman de Tony Duvert (105’), France 3, « Clochemerle » d’après le roman de Gabriel Chevallier (90’) ou encore « La cousine Bette » d’après Balzac (90’). A noter que ce format n’est pas le plus indiqué pour une adaptation, il est souvent trop court.
En ce qui concerne les séries, le genre qui exploite le plus l’adaptation est le policier : « Maigret », d’après le personnage de Simenon, « Nestor Burma » d’après Léo Malet…
Mais le format qui semble le plus propice à l’adaptation littéraire, c’est la mini série : deux, trois ou quatre épisodes de 90 minutes. Ces dernières années, on a pu découvrir « Les semailles et les moissons » d’après Henri Troyat (France 2), « Mausolée pour une garce » d’après Simenon (France 3), « Rastignac ou les ambitieux » d’après l’œuvre de Balzac (France 2), « Nana » d’après Zola (France 2). En 2003, TF1 diffusera la énième adaptation de « Les liaisons dangereuses » d’après Choderlos de Laclos. France 2 proposera quant à elle « Le père Goriot » d’après Balzac , « Manon Lescaut » d’après l’abbé Prévost, « Le lion » d’après Joseph Kessel, « Les Thibault » d’après l’œuvre de Roger Martin du Gard. France 3 et Arte diffuseront tour à tour « Aurélien » d’après le roman d’Aragon et de nombreuses adaptations de romans moins connus.
Certaines productions misent énormément sur l’adaptation. JLA développe actuellement des adaptations de « 20 000 lieux sous les mers » et « Michel Strogoff » d’après Jules Verne, de « Les rois maudits » d’après l’œuvre de Maurice Druon, d’« Alberte » d’après le roman de Pierre Benoît. La société développe également « D’un hiver à l’autre » d’après J-P Leclerc, « Ne meurs pas » d’après David Khayat et « La maison des enfants » d’après Jeanine Boissard.
Les politiques varient selon les chaînes. TF1 mise sur les grandes œuvres populaires, le patrimoine : « Les Misérables », « Les liaisons dangereuses », « Le comte de Monte Cristo »…
France 2, France 3 et Arte diffusent aussi bien des adaptations d’œuvres célèbres que de romans plus confidentiels.
Les relations production-édition sont à double sens. En effet, dès qu’une adaptation rencontre le succès au cinéma ou à la télévision, les ventes de l’ouvrage d’origine sont fortement dopées, donnant souvent lieu à des rééditions. Pour preuve, les multiples rééditions de la trilogie « Le seigneur des anneaux » et du reste de l’œuvre de Tolkien depuis la sortie des films de Peter Jackson.
Une adaptation réussie peut donner envie au public de découvrir l’œuvre d’origine.
Chaque grande société d’édition, a un chargé des négociations des droits en vue d’une adaptation. Chez Gallimard, par exemple, c’est Prune Berge, autre figure incontournable dans son domaine.
Parfaite illustration de la synergie entre cinéma et édition, certains auteurs réalisent parfois eux-mêmes l’adaptation de leur propre roman. Ainsi, Cyril Collard avait réalisé « Les nuits fauves » en 1992 et Dan Sijie a tourné en 2002 « Balzac et la petite tailleuse chinoise ». Vous l’aurez compris, la tendance n’est pas prête à s’inverser. Le tout est de savoir comment écrire une adaptation littéraire. C’est là que les choses se gâtent : c’est une entreprise complexe, souvent impossible.
S'il n'existe pas de recette miracle, il y a tout de même quelques astuces qui peuvent faciliter la tâche: comment écrire une adaptation littéraire.
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