NIP/TUCK : Eros/Thérapie 1/2
Par Nathalie Lenoir,
dimanche 30 avril 2006 à 09:46 -
Reportages : Analyses séries TV
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En 2003, le public américain fait la connaissance d’un tandem de chirurgiens esthétiques en les regardant copuler. Au fil des épisodes, les scènes de sexe vont mettre bien plus que des corps à nu, elles dévoileront ce qu’il y a de plus intimes chez les personnages : leurs âmes.
Certes, Nip/Tuck combine tous les ingrédients du succès : rebondissements dans les intrigues, situations scabreuses, dialogues mordants, scènes de chirurgie très réalistes, mais c’est bel et bien la sexualité des héros qui focalise l’attention du spectateur. L'intérêt des histoires, ce n'est pas de savoir avec qui ils couchent mais comment ils le font.
En 2005, la série remporte un Golden Globe et s’exporte dans le monde entier : Argentine, Australie, Europe. Paris Première, puis M6, permettent aux téléspectateurs français de succomber à leur tour à la Nip/Tuck mania.

« Dites-moi ce que vous n’aimez pas chez vous »
Sean Mc Namara et Christian Troy sont associés dans une clinique de chirurgie esthétique. S’ils sont inséparables depuis la fac de médecine, tout les oppose dans l’existence. Dès les premières minutes de l’épisode pilote, le spectateur les suit dans leurs chambres à coucher : tandis que Christian prend fougueusement en levrette une « blonde à forte poitrine » qu’il vient de rencontrer dans un bar, Sean besogne mollement sa femme, Julia. Tout en fixant le plafond, Madame fait mentalement la liste des courses en attendant que Monsieur ait fini. Mais ce dernier tarde justement, tant il est préoccupé par un problème de jardinier. Pour rendre le contraste encore plus saisissant, ces deux scènes sont montées en parallèles. Le décor semble planté : Sean mène une vie rangée auprès de son épouse et de leurs deux enfants tandis que Christian est un jouisseur, sans aucune limite dans sa recherche du plaisir.
Le vernis s’écaille aussitôt : sous des dehors affables et presque tendres, les relations entre les Mc Namara n’ont rien d’harmonieuses. Julia méprise son époux et le rend responsable de toutes ses frustrations. Même si elle adore ses enfants, elle regrette d’avoir abandonné ses études pour s’occuper d’eux. Sean se sent invisible, surtout au sein de sa famille, et sa carrière ne lui apporte plus l’exaltation des premières années.
Le séduisant docteur Troy semble plus épanoui ; il multiplie les conquêtes et les envoie toutes (ou presque) au septième ciel. Pourtant, dès le second épisode, on constate que quelque chose cloche, dans cette belle mécanique. Depuis qu’il a ausculté les seins de Julia (elle souhaitait des implants mammaires), Christian est tellement perturbé qu’il a des troubles de l’érection. Il ne peut plus frôler une femme sans voir à sa place celle qu’il aime en secret depuis la faculté. Quand il peut enfin faire la conquête de Julia, il prend peur et l’éconduit cyniquement : il s’arrange pour qu’elle le surprenne au lit avec deux jeunes femmes. Une fois ces ennuis « mécaniques » résolus, Christian retrouve avec amertume sa routine de Casanova, la compulsion a remplacé le plaisir depuis bien longtemps. Il n’y pas un épisode au cours duquel il ne couche avec une, voire plusieurs, superbe(s) femme(s). Il « le fait » tout le temps et partout : chez lui, au bureau (et sur le bureau), sur un lit à bronzer, dans sa voiture, avec des clientes, la baby-sitter, la mère d’une amie, des jumelles…
Le docteur Troy
Charismatique, amoral, vénéneux, mais néanmoins émouvant, le docteur Troy cache plus d’un lourd secret. Violé à plusieurs reprises par son père adoptif, Christian a une très mauvaise opinion de lui-même. Adopté sur le tard par ce médecin riche et puissant, l’adolescent n’a jamais osé porter plainte, par crainte de retourner à l’orphelinat. Devenu adulte, Christian a la profonde conviction de s’être prostitué, d’avoir vendu son âme au diable, pour obtenir le faste de sa vie actuelle. Il poursuit inéluctablement ce rôle de gigolo auprès de ses patientes, prospectant par ce biais. Une jeune femme excisée vient se faire reconstruire un clitoris ? Il se dévoue pour « l’essayer » avec elle après l’opération. Une cliente veut attaquer en justice la clinique après une erreur médicale ? Qu’à cela ne tienne, il monnaye l’arrêt des poursuites contre une nuit d’amour. Une autre cliente, déçue par sa liposuccion, a alerté la presse télévisée ? Pas de problème, Christian couche avec la journaliste chargée de l’enquête.
Comme son agresseur, Christian est devenu « le docteur Troy », un homme qui lui fait horreur. Quand il drague une fille, qu’il a des relations sexuelles avec elle, il est « l’autre », le prédateur sans âme. Après l’acte il met la fille à la porte, incapable de supporter l’intimité et l’abandon qui viennent après le sexe. La seule femme qui sait voir l’enfant blessé en lui est aveugle, jolie métaphore. Mais ça non plus, Christian ne peut le supporter et il se débarrasse de la jeune femme en la blessant (comme il avait écarté Julia) : il fait en sorte qu’elle sente sur lui l’odeur d’une autre.
Le thème de la pédophilie revient à plusieurs reprises dans la série, comme un rappel de cette honte qui a forgé Christian, un homme cruel, cynique, égocentrique. La seule part d’humanité qui lui reste, elle tient à ses liens avec les Mc Namara.
La crise de la quarantaine
Sean est en pleine crise existentielle. Alors qu’il pensait incarner l’exemple même de la réussite, il découvre que tout ce qu’il avait fondé s’écroule, à commencer par son mariage. Il se sent totalement émasculé par le regard méprisant de sa femme. Elle lui reproche d’être « nul au lit », de manquer de spontanéité, de sensibilité, de passion. Sean a toujours compensé ses complexes virils en étant un virtuose du bistouri mais peu à peu, ses angoisses envahissent sa vie professionnelle : sa main se met à trembler au moment d’opérer.
Le manque d’assurance sexuelle de Sean va se manifester sous les traits d’Escobar Gallardo, un trafiquant de drogue colombien. Cet archétype du macho latin, misogyne et violent, symbolise la face sombre de Sean, cette part de virilité triomphale qu’il ne parvient plus à trouver en lui. Le truand oblige le docteur Mc Namara à opérer gratuitement des « mules » qui font passer de la drogue dans de faux implants mammaires. Escobar va jusqu’à menacer Julia et ses enfants avec un gros couteau, (symbole phallique). Sean se procure alors un revolver (autre symbole phallique) et se rend chez son ennemi mais il ne parvient pas à tirer (symbole d’impuissance). Pour l’humilier d’avantage, Escobar le force à assister à ses prouesses sexuelles. Sean parvient finalement à se débarrasser du criminel mais ces incidents n’ont fait que renforcer le ressentiment de Julia à son égard.
Désespéré, Sean cherche le réconfort dans les bras de d’une de ses patientes. Mais, comme par hasard, il choisit une femme malade. Atteinte d’un cancer et amputée des deux seins, symboles d’une féminité ostentatoire, voire agressive, Megan ne représente aucune menace pour lui. Auprès de cette femme vulnérable, le docteur Mc Namara passe pour un chevalier à la blanche armure : il greffe des implants mammaires à sa maîtresse (faveur qu’il a toujours farouchement refusée à son épouse) et, lorsque le cancer récidive, il l’aide à mettre fin à ses jours dignement.
Megan à peine incinérée, Sean revient vers sa femme. Leurs nombreuses disputes et séparations semblent mettre un peu de piment dans leur vie sexuelle : Julia aime faire l’amour de façon brutale, passionnée. Alors que Sean pense avoir sauvé son couple, être enfin « à la hauteur », il est brutalement ramené à la réalité. Après des ébats qu’il croyait torrides, il surprend Julia en train de se masturber.
Copyright©Nathalie Lenoir 2006
A suivre...
Cet article a été publie dans La Gazette des Scénaristes (n°25, octobre 2005)
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